| Notes de lecture par Auguste Léopold Mbondé
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On retrouve dans ce roman, dernier volet du triptyque inauguré par L’Intérieur de la nuit et développé par Contours du jour qui vient, les mêmes personnages, les mêmes espaces éclatés, la même barbarie. Plus que dans les précédents, Léonora Miano convoque très fortement dans Les Aubes écarlates les représentations bantoues du monde et l’entêtement des pesanteurs historiques pour ausculter l’âme de l’homme noir.
Ayané, témoin oculaire dans L’Intérieur de la nuit du meurtre sacrificiel du jeune Eyia, est contrainte de s’éloigner de son village à cause de l’hostilité de sa tante, doyenne du clan abandonné aux femmes.
Elle se retrouve à Sombé, la capitale économique de Mboasu identifiable au Cameroun des sombres années des Villes mortes. Et aux côtés d’Aïda, Européenne qui clame avec force son droit à la nationalité africaine et de Wengisanè, bienfaitrice engagée de la jeune héroïne Mussango des Contours du jour qui vient, l’héroïne décidément personnage pivot de ces trois volumes, recueille et soigne le jeune Epa.
Ce dernier, à la suite du sacrifice de son frère, s’est engagé auprès des bourreaux pour « libérer le Continent des Occidentaux et de leurs affidés locaux, (…) exhumer notre identité de sous les décombres où elle fut sciemment ensevelie » (pp. 62-63).
Pour l’essentiel, la trame du roman se construit autour du récit d’Epa. Cependant, divers autres personnages, témoins des événements, se relaient pour dire la chronique macabre et surtout le sort de ces adolescents victimes du marasme provoqué par la guerre que se livrent d’un côté le président Mawusè, soutenu par l’Ancienne Puissance Coloniale, et de l’autre, le camp des rebelles associés à l’opposition officielle et au gang des « jeunes diplômés, largement trentenaires pour la plupart, [et qui] se voyaient tous hauts fonctionnaires ».
Se réclamant d’un bric-à-brac idéologique, le chef des rebelles, Isilo, fait basculer ce camp dans l’innommable sous prétexte de renaissance, d’un besoin pressant du Continent de retrouver son passé glorieux : « Nos terres avaient engendré des Nkrumah, des Lumumba, des Sankara, des Mandela. D’autres viendraient achever leur œuvre, ramasser les miettes de nous que l’histoire a laissées s’éparpiller à terre. Ils sauraient les rassembler, les refaçonner, nous restituer notre dignité » (p. 64).
Ce n’est pas seulement la réalité de ces grands ensembles soufflés par le désordre, la corruption, le tribalisme qui retient l’intérêt du lecteur. Outillée de savoirs divers tels les mythes et les cosmogonies de l’Afrique centrale, l’écrivaine camerounaise se lance dans une traversée des représentations mentales négro-africaines, d’où, espère-t-elle, coulerait le sens des réalités actuelles du Continent. Ainsi voit-on s’immiscer dans l’épaisseur du texte des successions saccadées d’exhalaisons, intermèdes poétiques et paroles venues du séjour des morts.
Les univers d’images se superposent, se relaient, s’imbriquent et requièrent un matériau discursif supplémentaire pour l’intelligence du texte. L’auteure régulièrement recadre alors l’histoire et rappelle au souvenir du lecteur les liens des faits et personnages. Ainsi, le texte abonde-t-il en notes infrapaginales et autres métadiscours chargés par Léonora Miano d’apporter un éclairage déterminant aux masses narratives. La démultiplication et le foisonnement déjà surdéterminés dans les deux premiers romans s’intensifient ici au point de susciter une impression assumée de chaos.
Auguste Léopold Mbondé
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